Du Velours

"Ni pour ni contre, bien au contraire" – Bertrand Delanoë

Le budget parisien par Hervé Morel

by Olivier Prêtre on 26 octobre 2011

Assise côté gauche au milieu de la table, Alix Béranger, cheveux bruns mi-longs, la trentaine, déclare la séance ouverte. Ordre du jour : le budget parisien. Nous sommes mardi 25 octobre, 19h30, dans le local politique d’Europe-Ecologie-Les Verts du 6 rue Chaudron, Paris dixième. L’assemblée n’a rien de protocolaire : une grande table rectangulaire autour de laquelle une quinzaine de sympathisants et militants sont assis.

Alix, responsable des formations militantes, présente l’invité qui tiendra séance : Hervé Morel, la cinquantaine grisonnante, co-secrétaire d’EELV, animateur de la commission économies d’EELV et auteur du livre « La France surendettée ? Une réponse écologique ». Son opus est mis à la disposition de chacun ainsi qu’un document d’une dizaine de page qui « servira de conducteur à la séance » indique Hervé.

« L’objectif est simple, il s’agit de vous donner les clés de compréhension du budget parisien, sous-entendu avec l’objectif de saisir les enjeux de stratégies de conquête de la Mairie de Paris » entame Hervé. Au chapitre de son intervention : structure des comptes de Paris et règle d’or, budget de fonctionnement et d’investissement, endettement, bilans des trois mandatures, questions en débat et pour finir des pistes pour un budget écolo.

C’est parti. Particularité à noter : Paris est à la fois ville et département. Il convient de distinguer aussi le budget global et le budget par arrondissement auquel est dévolu la gestion des équipements (éducatifs, culturels et sportifs) et des animations tels que la publication de gazettes, l’organisation de réceptions… Le budget de l’arrondissement s’élève à 5 à 10 millions d’Euros.

Deux nouvelles personnes se joignent au cercle. Hervé poursuit son exposé, imperturbable. Le budget obéit à la « règle d’or » du code des collectivités territoriales : le budget de fonctionnement doit être équilibré, l’emprunt ne peut être utilisé que pour financer des investissements. Les dépenses du budget de fonctionnement atteignent 5,9 milliards d’Euros (base 2010), les recettes 6,6 milliards d’Euros. Acronymes et abréviations sont délivrées en cascade : RSA, APA, ASE, STIF, FNGIR, CET. « L’Etat me doit 1 milliard d’Euros. » C’est une marotte de Delanoë fait remarquer Hervé. En effet, « l’Etat ne compense pas certains transferts, ce qu’il justifie au titre de la nécessité de faire des efforts de gestion » ajoute-t-il sans complaisance pour Sarkozy. L’assistance ébahie s’interroge sur la légalité d’une telle pratique.

La bouteille de jus de goyave bio tourne. Le forum des halles et le stade Jean Bouin font débat. Avec le tramway, ce sont les plus gros postes de dépenses du budget d’investissement parisien. Grognements, tensions, haussements de ton. Delanoë doit avoir les oreilles qui sifflent. Même si Paris est détenteur d’une note « triple A » et d’un budget exceptionnellement riche, le maire de Paris est vivement critiqué pour son recours à l’endettement qui est passé de 1,1 milliard d’Euros en 2002 à environ 2,7 milliards d’Euros en 2011. Même ses mesures de bonne gestion, ne pas créer de nouveaux emplois municipaux, font polémique face aux besoins générés par les équipements créés.

Le jus de goyave se vide. Les discussions s’animent sur les possibilités de dégager de nouvelles recettes. La taxe de balayage qui a été revue, a déjà permis de générer de nouveaux crédits. La taxe d’habitation, quant à elle, fait resurgir de vieux débats qui préconiseraient de l’adosser aux impôts sur le revenu. Le consensus de ne pas y toucher semble faire légion actuellement.

« Pour revenir vers des préoccupations écolos » conclut Hervé, une étude sur l’investissement pour la réduction de l’empreinte écologique à Paris créerait environ 80000 emplois avec un investissement de 9 milliards d’Euros sur 10 ans. Cela ne constitue pas LA solution mais « cela a le mérite d’être force de proposition écologique et crédible pour l’avenir. »

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