Du Velours

"Ni pour ni contre, bien au contraire" – Bertrand Delanoë

Ennahda, qui es tu ?

by Olivier Prêtre on 27 novembre 2011

“J’ai été mal compris. Je voulais seulement donner l’exemple d’une bonne gouvernance fondée sur le droit et l’équité” assure Hamadi Jebali, nouveau premier ministre tunisien, en réponse aux inquiétudes qu’a provoqué son appel à un sixième califat. En substance, lors d’un grand meeting devant le Hamas, dimanche 13 novembre à Sousse, Jebali a déclaré : “Mes frères, vous vivez un moment historique, un moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle dans un nouvel Etat si Dieu le veut, dans un sixième califat Inch Allah.”

La semaine précédente c’était Souad Abderrahim, ancienne militante de gauche fraichement élue de la circonscription de Tunis 2 sous les couleurs d’Ennahda, qui soulevait de vives critiques. Sur les ondes de la radio arabophone Monte Carlo Douliya, elle s’en était prise aux mères célibataires en les qualifiant d’infamie pour la société. Modernistes laïques et tenants de la gauche progressiste n’ont pas manqué de la clouer sur l’autel de la démocratie et de la laïcité. A tel point que ladite Souad Abderrahim a été agressée physiquement, mais sans gravité, devant le parlement.

A l’image du scrutin du 23 octobre d’où Ennahda est ressorti vainqueur avec 41% des voix, la société tunisienne est le théâtre d’affrontements idéologiques entre laïcs et islamistes, exacerbés depuis l’affaire du film Persépolis diffusé par Nessma TV au mois de septembre. Une scène du film, qui représente le prophète, a déclenché des incidents violents (attaque du siègle de Nessma TV, incendie de la résidence du président de la chaîne au cocktail molotov) et des intimidations (menaces de mort) envers les employés de la chaîne. Les islamistes sont à la manoeuvre.

Ennahda s’est employé à déplorer ces actes de violences mais ne les a pas non plus fermement condamnés. Ce double discours qui consiste à rassurer d’un côté, en affirmant son attachement aux valeurs démocratiques et libertés individuelles, et à revendiquer de l’autre l’identité arabo-musulmane et islamique en particulier, s’avère peu compréhensible et obscur. Cela s’explique en grande partie par la multiplicité des mouvances d’Ennahda. Le parti est, de fait, traversé par trois grands courants.

Les modérés, composante importante, incarnés par Hamadi Jibali, allient principes démocratiques et identité islamiste et se disent proches de l’AKP turque. Le courant des frères musulmans prône, quant à lui, un retour à l’islam politique, en d’autres termes l’application de la charia. Rached Ghannouci est son grand représentant et est proche du Hamas palestinien. La troisième mouvance, la plus importante, est aussi la plus radicale. Elle constitue la base militante du parti. Elle appelle de ses voeux un islam traditionnaliste très conservateur, le califat, et a de fortes affinités avec le courant salafiste.

En dépit de ses composantes plus ou moins radicales, la légimité démocratique d’ennhada n’est en aucun cas discutable. Ce parti a su conquérir par les urnes. Néanmoins, pour que le jeu démocratique puisse avoir lieu, toute la clarté et la transparence sur ce mouvement est nécessaire. Pour les tunisiens comme pour les pays qui ont la Tunisie dans l’objectif, la France en particulier.

Sources :

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