Du Velours

"Ni pour ni contre, bien au contraire" – Bertrand Delanoë

Goncourt 2011 : un prix attendu

by Olivier Prêtre on 9 novembre 2011

Le suspense est levé. Alexis Jenni remporte le plus prestigieux des prix de la république des lettres, le Goncourt, pour son livre L’art français de la guerre.

Mercredi 2 novembre, avant même la remise du prix chez Drouant, le très chic et fameux « restaurant  Goncourt » du deuxième arrondissement, son nom circulait déjà sur toutes les lèvres.  Non que le résultat fût éventé par quelque taupe aux longues oreilles ou par des fuites d’un juré véreux  (le prix n’est que de dix Euros). Le Goncourt fait toujours l’objet de conjectures qui alimentent les dîners en ville. Langues de vipères et ragots font le sel du milieu hostile de l’édition. Il n’est un secret pour personne que les prix littéraires parisiens sont calculés d’avance et n’obéissent qu’à deux règles : réseautage et copinage. Mais chut ! Ne le dites à personne. Ne parlez pas non plus de conflit d’intérêts au risque de froisser la susceptibilité de l’institution germano-pratine, exception culturelle que le monde entier nous envie.

Alexis Jenni, qui se pensait encore il y a peu comme « un écrivain du dimanche », vit un conte de fées. Son livre, dont le manuscrit avait été envoyé par la Poste « à l’ancienne », est doublement couronné : un succès commercial, 56000 exemplaires déjà vendus, et un succès critique, les libraires l’ayant encensé avant que le Goncourt ne le consacre.

L’art français de la guerre possède toutes les qualités pour faire un bon Goncourt.  Il est question des guerres de décolonisation françaises, l’Indochine et l’Algérie, et de leur héritage dans les mémoires. Un sujet d’histoire et de politique en or pour le patrimoine culturel. C’est le premier roman de son auteur, et son style certes classique est assez ampoulé, ce qui correspond à la philosophie originelle d’Edmont de Goncourt qui dans son testament souhaitait que son prix aille « à la jeunesse, à l’originalité du talent, aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme ». Le poids du livre fait bonne mesure : 1 kg pour 633 pages. Enfin et surtout, il est édité chez Gallimard. Et 2011 est l’année Gallimard, le centenaire de Gallimard ! Après avoir renommé en grandes pompes la rue Sébastien Bottin où siège la maison d’édition en rue Gallimard, il était inconcevable que le Goncourt fût attribué à une autre maison.

 

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