Du Velours

"Ni pour ni contre, bien au contraire" – Bertrand Delanoë

Un conseil de quartier sous haute tension

by Olivier Prêtre on 30 septembre 2012

“On est venus là pour parler du problème” s’exclame un habitant, une demi-fesse sur un rebord de table, dans la salle comble de la MJC rue de Borrégo qui fait office de salle de réunion. La commission “vivre ensemble” du conseil de quartier de Télégraphe Pelleport Saint Fargeau, mercredi 25 septembre, est exceptionnellement remplie. Une cinquantaine de personnes.

La présidente du conseil s’interrompt ; et devant la forêt d’yeux qui la braquent, comprend qu’il va falloir modifier l’ordre du jour qu’elle était en train d’égrener. “J’ai convoqué tout le monde ici pour qu’on en parle” lance Ahmed d’une des extrémités de la longue table autour de laquelle les gens sont rassemblés. Le déballage peut commencer. Un jeune père de deux enfants, trente ans à peine, s’empare de la parole, la voie émue mais déterminée. “Depuis le début de l’année, c’est devenu insupportable, du bruit à partir de 16 heures, jusqu’à deux ou trois heures du matin. Et tous les jours ce sont des insultes, des menaces, des incivilités, des nuisances et j’en passe”. “Attention, nous ne sommes pas des mauvais coucheurs prêts à appeler les flics au moindre bruit” s’empresse-t-il de préciser.

Les langues se délient. “Ils sont dans la rue, dans les halls d’immeubles, et surtout, ils pourrissent la pizzéria La Petite Italie” enchérit un trentenaire sur un ton énervé. Cette pizzéria est le seul commerce de la rue Jules Dumien, puisque c’est de cette rue dont il s’agit. “La rue du shit” entend-on fuser à travers la salle. Les habitants avaient plaisir à se rencontrer dans cette pizzéria. Avant que cela ne dégénère. Avant qu’une bande d’”encagoulés” comme certains les appellent n’investissent la petite terrasse du restaurant. Les joints tournent ouvertement et le patron ne parvient plus à faire respecter la loi dans son établissement. Les rares clients qui osent encore s’aventurer à La Petite Italie se font agresser verbalement. La grande crainte des habitants est que la pizzéria finisse par fermer. “Ils veulent s’emparer du commerce et installer une épicerie explique le trentenaire, et on sait à quoi va servir cette épicerie”, insinuant qu’une officine de traffic de cannabis prendrait place. Sa conclusion : “il faut absolument sauver la pizzéria, sinon on est foutu”.

Sarouat, le patron de la pizzéria est là lui aussi, dépité mais combatif.  “Je suis allé voir les parents d’un des gamins, explique-t-il, et le lendemain ce gosse m’a dit qu’il avait les moyens de me faire la peau”.  L’assemblée est médusée. Une femme témoigne elle aussi s’être faite menacer de mort. Elle est allée voir la police pour porter plainte. Et lorsque l’agent de police lui a dit qu’une confrontation serait organisée si on retrouvait l’auteur des menaces, elle a préféré déposer une simple main courante. “J’ai deux enfants au collège en plus” explique-t-elle impuissante.

Le commissariat est donc bien au courant. Une patrouille passe de temps à autres pour enjoindre cette petite bande d’une dizaine de jeunes âgés de 15 à 25 ans à faire moins de bruit. Dérisoire et inefficace, jugent les habitants. “Il faudrait une présence massive d’adultes pour les encadrer” estime le père de famille vindicatif. “Et si on leur donnait un local ?” interroge une femme âgée. “Même pas en rêve un élu pourra dégager de tels moyens” s’entend-elle répondre par Ahmed, informaticien dans le secteur associatif de son état qui a l’air de bien connaître la question.

Un militant écologiste à la chevelure blanche estime que le recours policier est inutile pour l’instant. “Il faut privilégier un recours judiciaire et envisager une plainte collective” affirme-t-il. Et tout le monde est d’accord pour ne pas laisser faire. Rendez-vous est déjà pris avec Madame le Maire et le commissaire d’arrondissement. La résistance citoyenne s’organise.

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