Du Velours

"Ni pour ni contre, bien au contraire" – Bertrand Delanoë

Est-ce que nous aurons changé le monde en 2017 ?

by Olivier Prêtre on 27 octobre 2012

Et si c’était maintenant? Non ce n’est pas une phrase rapportée d’un enfant capricieux qui trépignerait d’impatience devant un rayon de bonbecs plus alléchants les uns que les autres. Mais bel et bien le nom d’une contribution du parti socialiste. Comme une scansion, une interpellation à l’attention des responsables socialistes en poste. Rassemblés dans la grande salle de La bellevilloise, ce haut-lieu du socialisme français, les militants  signataires de cette contrib’ sont venus débattre en ce mardi 23 octobre.

Environ 100 militants de la contribution « Et si c’était maintenant » réunis à la Bellevilloise mardi 23 octobre

A quelques jours du grand rassemblement de Toulouse qui conclura le congrès du PS, il n’est pas question d’être des godillots pour ces socialistes-là. « C’est faire fi de la tyrannie de la real politik » aurait-on envie de leur dire. A l’image d’un Benoît Hamon, figure de la gauche du parti, qui tente de se faufiler entre les motions, au risque d’en décevoir certains et de perdre la face. Mais comme Benoît Hamon, qu’ils se soient retrouvés derrière Emmanuel Maurel ou Harlem Désir, peu leur importe. Ils sont là pour débattre, exprimer des opinions, aborder tous les sujets, faire pression sur l’exécutif et les parlementaires, se montrer vigilants sur les promesses de campagne…  bref continuer le combat. Et deux heures ne seront pas de trop pour faire le tour.

Il s’agit de ne pas se louper. « Est-ce que nous aurons changé le monde en 2017 par rapport à 2012? » interroge sans complexe Dominique Sopo, ex-Président de SOS Racisme. Le ton du débat est donné. Exit les petites ambitions: changer le monde!

Au passage, on ne manque pas d’exprimer combien on est soulagé d’avoir tourner définitivement la page du Sarkozysme. On l’espère du moins. Finies les « insultes quotidiennes » dixit Dominique Sopo. Finie la « criminalisation de la jeunesse » ressentie par Massira Baradji, président sortant de la FIDL, le syndicat étudiant. Et sur le style, « il faut sortir d’une approche morale et sécuritaire » selon Nadège Abomangoli, conseillère régionale d’Île de-France. Bref, Sarkozy l’ennemi juré, en prend pour son grade. Mais pas que!

François Hollande et son gouvernement, ainsi que les députés socialistes, ne sont pas épargnés. Dans une moindre mesure évidemment. Mais pas sans une certaine virulence pour une militante féministe antiraciste qui ne mâche pas ses mots pour exprimer sa déception: « Nous avons affaire à l’ENArchie qui verrouille tout ». Max, le tout frais président de la FIDL, plus nuancé, regrette « que certaines idées mises en avant (par la base militante) sont systématiquement désavouées » par quelques huiles du parti. Il ne citera pas de nom. Ambiance.

Les critiques ne s’arrêtent pas là. Les reculades, ou considérées comme telles, sur la PMA (Procréation Médicalement Assistée) pour les homosexuels, sur le droit de vote des étrangers aux élections locales ne sont pas du goût de la petite assemblée. « François Hollande tiendra-t-il sa promesse sur le droit de vote des étrangers? » interroge Lamine N’Daw, élu du 17ème arrondissement, qui considère ce droit comme une « question de dignité ». Nulle concession n’est accordée au gouvernement sur ce sujet. Même si celui-ci se défend de vouloir prendre son temps afin de préparer le terrain pour s’assurer une majorité nécessaire des trois cinquième au Congrès.

Quant à la question du cumul des mandats, la commission Jospin est attendue au tournant. Un militant jeunesse déplore « un recul dans les termes »: « On parle désormais de limite de cumul et non plus d’interdiction de cumul des mandats ». François Rebsamen, sénateur maire de Dijon, qui s’était défendu de la nécessité d’avoir un ancrage local, n’a qu’à bien se tenir.

Autre mesure sujette à critique:  le récépissé de contrôle d’identité pour lutter contre le délit de faciès. Pas question de laisser du terrain à Emmanuel Valls qui a évacué le problème d’un revers de main. Mais qui a tout de même annoncé le retour des numéros de matricule sur les uniformes des policiers, pourrait-on plaidé à sa décharge.

Enfin, le cannabis. La boulette de Vincent Peillon, qui ne constitue pas tant une faute pour tous ici car le cannabis et éducation ne font pas bon ménage, a réanimé cette question récurrente au sein du parti socialiste partagé entre pros et antis. En tout cas estime-t-on ici, on ne peut pas tout le temps enterré le débat sous prétexte que la droite diabolise le sujet et considère l’interdiction de ce psychotrope comme non-négociable. Le traffic de cannabis vampirise nos banlieues et les Français sont les premiers consommateurs de cette drogue en Europe. Le sujet est trop important pour que l’on puisse se permettre l’économie d’un débat.

Une chose est sûre parmi les « et si c’était maintenant », on a envie de parler, on a envie de débattre, on a envie de combattre. Pour l’égalité et la justice.  A bon entendeur!

 

 

 

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