Du Velours

"Ni pour ni contre, bien au contraire" – Bertrand Delanoë

Maintenant la gauche, « nous avons les manettes ! »

by Olivier Prêtre on 11 octobre 2012

Mardi (9 octobre 2012), comme tout le monde l’attendait, l’Assemblée Nationale a voté à une écrasante majorité le TSCG par 477 voix contre 70. Mardi, c’était aussi le rassemblement francilien de la motion 3 “Maintenant la gauche !”, motion incarnant la gauche du PS, les hamonistes sans Benoît Hamon (qui s’est laissé convaincre de soutenir la motion 1 rassemblée derrière Harlem Désir), bref les tenants du non au TSCG.

Malgré la pluie battante et les bouchons Porte de Pantin aux alentours de 20h, les militants sont venus relativement nombreux au gymnase de la rue Hautpoul, Paris 19. Une centaine de personnes. Laurent Miremont, en maître de cérémonie, lance la réunion.

Après une brève intervention d’une représentante d’Utopia, think tank en faveur d’une sociale écologie, Gérard Filoche bouscule l’assistance. “On reprochait à Sarko de geler les dépenses des collectivités territoriales, mais aujourd’hui qu’est-ce qu’on fait ?” invective-t-il. Pas question de cacher sa déception de la politique gouvernementale. “Quelle est la grande mesure que la gauche va mettre en place ? Rien !” Ni d’y aller avec le dos de la cuillère.

Julien Dray enchaîne à la tribune, mobilisateur : “Vous avez raison, c’est parce que vous êtes là aujourd’hui qu’on va gagner demain”. Au passage, il ne manque pas d’égratigner gentiment le gouvernement : “les 3% [de déficit annuel par rapport au PIB], ils ne vont pas l’appliquer, et ils le savent pertinemment”. Et d’ajouter, sans macher ses mots, ”avec cette contrainte, à la moindre récession, il n’y a plus aucune marge de manoeuvre (…) c’est catastrophique”.

Jérôme Guedj, jeune député de l’Essonne qui a le vent en poupe, en remet une couche. “Je veux un PS qui ait un temps d’avance”, assène-t-il. Et d’ajouter, frondeur : “je ne veux pas un parti forteresse”. A bon entendeur.

Marie-Noelle Lienemann, la sénatrice qui sait se faire entendre, pousse la voix. “Si on est au parti socialiste, c’est bien sûr pour soutenir le gouvernement” débute-t-elle. “Mais est-ce que c’est pour être une agence de com’ du gouvernement ?” s’insurge-t-elle. Pour elle aussi, la contrainte des 3% est “inacceptable”. L’occasion pour elle de dérouler son argumentaire : une stratégie industrielle immédiate sans attendre le retour à l’équilibre, la Banque Publique d’Investissement tout de suite aussi, et avec 200 milliards d’Euros, et non pas 30 milliards comme évoqué par Arnaud Montebourg. De même pour les logements sociaux : “si on attend, ça sera trop tard”.  Enfin, elle ne peut se contenir d’une petite envolée lyrique : “Le parti ne peut pas manquer ce rendez-vous historique. Le parti du grand Jaurès, du grand Blum, du grand Mitterrand, des grandes avancées sociales, ne peut pas manquer ce rendez-vous”. La salle exulte.

Le grand final est pour Emmanuel Maurel, secrétaire national du parti et premier signataire de la motion  3.  “Nous voulons remettre le débat sur la table” assène-t-il, se targuant d’avoir réveiller ce congrès. “Les 60 engagements, ce n’est pas un texte sacré”. Il revendique vouloir mettre le débat sur la table, peser sur le rapport de force, rétablir le rééquilibrage entre capital et travail. Bref, il veut “la relance plutôt que la rigueur”. A l’objection “l’ennemi de la gauche, ce sont les déficits”, il répond “non, ce sont les inégalités sociales”. Transgressant tous les tabous, même ceux du parti socialiste, il lâche le mot : nationalisations. Et prône un pôle public de l’énergie, un service public de la petite enfance, un service public de la formation professionnelle.

Il termine avec ferveur : “Faisons-le maintenant, nous avons les manettes pour le faire”. Tout en se voulant rassurant : “nous sommes des socialistes raisonnables”. Le sort en est jeté.

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